En wolof, « Navétanes » signifie « championnat d’hivernage ». Dès la fin des années 50, quelques adultes passionnés de football entreprennent d’organiser de manière informelle, des tournois pour occuper la jeunesse le temps des vacances. Des vacances qui s’étalent sur toute la durée de la saison des pluies, soient 4 mois (de juillet à octobre). Au fil des décennies, les Navétanes s’étendent à l’ensemble du pays, en même temps que la passion croissante des Sénégalais pour le football, jusqu’à devenir l’événement sportif le plus populaire du pays.
Composé d’une cinquantaine d’Associations Sportives et Culturelles (ASC) utilisant ainsi plus d’un milliers de jeunes footballeurs, le ‘’mouvement navétane’’ est à l’origine de la popularisation de la pratique du football au Sénégal. Ce mouvement est également la base du plus vaste tissu associatif du pays.
Les ASC font figures de véritables moyens de mobilisation de masse, qui dépassent largement le cadre de la jeunesse sénégalaise. Les ASC participent activement à la gestion urbaine, et s’associent aux stratégies de développement local. Financé essentiellement par les cotisations des licenciés, l’ODCAV est financièrement autonome. Paradoxalement, seuls les matchs de quartiers qu’elle organise, tant au niveau local que national, remplissent les stades. Les Navétanes sont l’âme du football sénégalais, et donnent la pleine mesure de ce que signifie la passion du football en Afrique.
Au delà de l’enjeu sportif, c’est l’honneur d’un quartier, celui d’une famille qu’il faut relever. Chaque quartier du pays possède une mémoire collective liée aux Navétanes. Le rêve semble pouvoir se réaliser dans le jeu, et à travers toute la mise en scène qui l’entoure. Les Navétanes correspondent au moment de l’année que les sénégalais choisissent, pour mettre en scène leur football.
Les femmes sont associées aux Navétanes. Elles sont fières de se présenter comme des supportrices de la première heure. Celles croisées sur les rues de Ziguinchor la veille d’un match important, se définissent elles-mêmes comme « des mamans, des sœurs… », Renforçant l’idée selon laquelle, les ASC sont d’abord des familles. Certaines vont jusqu’à fermer boutiques pour suivre les matchs. Etroitement liées à la vie sociale des quartiers, notamment par le biais du commerce, elles jouent un rôle de premier plan dans le quotidien des ASC.
Il est difficile de dissocier le fétichisme du football en Afrique Noire. Très à l’enjeu des matchs, plusieurs témoignages viennent nous aider à appréhender ce phénomène. Selon un vétéran des Navétanes, « les préparations mystiques d’avant match rentrent dans le cadre de la préparation psychologique des équipes ». c’est lors des regroupements que se déroulent les séances de bains rituels, un préalable indispensable orchestré par le marabout de l’équipe en personne. Les membres des l’ASC abordent ce moment propre au football sénégalais sans pudeur. Il s’agit de « conjurer le sort jeté par les adversaires » ou de « se protéger des blessures ». la dimension mystique prend tout son sens lors de ses championnats d’hyvernage.